© Mercedes GP
Parmi les images marquantes de la saison 2011 de Formule 1, de nombreux observateurs gardent certainement en mémoire le superbe duel que se sont livrés Lewis Hamilton et Michael Schumacher à Monza. Bagarre qui a beaucoup fait parler d’elle, pendant mais aussi après la course. Lewis Hamilton s’étant plaint des changements de ligne incessants de son adversaire. Ross Brawn, lui-même, avait demandé à son pilote d’être moins agressif en défendant sa position.
Pour ma part j’avais trouvé ce duel, certes musclé, mais correct. Pourtant je n’ai pas pour habitude de faire des fleurs à Michael Schumacher, mais là où sa manœuvre sur Rubens Barrichello en Hongrie 2010 était totalement stupide, j’avais trouvé que sa défense vis-à vis de Lewis Hamilton ne prêtait pas à une quelconque polémique.
Pourtant, après le Grand Prix, l’idée d’interdire aux pilotes de changer de ligne plus d’une fois en défendant sa position a émergé dans le cerveau fécond des têtes pensantes de la FIA. Idée qui a été validée au début du mois de décembre par le Conseil Mondial.
Nul doute que ce point précis du règlement 2012 sera sujet à interprétation et qu’il faudra, comme souvent, que la FIA, précise un peu plus clairement sa pensée, mais au jour d’aujourd’hui on est dans une situation semblable à celle des départs lors desquels il n’est pas autorisé de changer de ligne plus d’une fois non plus. Dans ce cas précis, cette mesure est évidement une bonne chose, mais en course…permettez-moi d’être un peu moins convaincu.
Concrètement, avec une telle mesure, on n’aurait pas eu ce duel entre Schumacher et Hamilton. Cela dit, lorsqu’on voit la facilité avec laquelle Button a prit le meilleur sur le même Schumacher, on se dit que Lewis ne s’y est pas prit de la bonne manière, mais c’est un autre débat.
Depuis des années, le manque de dépassement est au centre des préoccupations et tout a été fait, ou presque – il reste encore à se passer de tracés comme Abu Dhabi par exemple – pour améliorer le spectacle en piste et favoriser les dépassements. La saison 2011 aura été un très grand cru dans ce domaine puisqu’avec le retour du KERS et l’arrivée du DRS, on aura eu des dépassements à la pelle. Avec la nouvelle règle édictée par la FIA au début du mois, ce chiffre pourrait encore augmenter en 2012, mais est-ce vraiment nécessaire ?
Au-delà du dépassement à proprement parler, ce que j’aime dans le sport mécanique, c’est la tentative de dépassement. Avant, les voitures ne parvenaient pas à se suivre suffisamment prêt pour pouvoir tenter une attaque sur un adversaire. Aujourd’hui c’est le cas – et je crois que l’interdiction du double diffuseur est une très bonne mesure qui a aussi facilité les manœuvres de dépassement.
Peu importe que ça passe ou pas, voir un pilote essayer de passer un autre qui lui-même essaye de maintenir sa place avec une voiture pourtant moins rapide, est sans doute plus beau qu’un vulgaire dépassement effectué parce que sa voiture est simplement plus rapide que celle qui précède. Les pilotes ne sont pas là pour enfiler des perles, et finalement cette règle autour du changement de ligne risque bien de dénaturer le sport, le spectacle et surtout de minimiser l’impact du pilote sur sa performance. Il est évident qu’une McLaren sera plus rapide qu’une Toro Rosso en 2012, mais s’il s’avérait que Ricciardo ou Vergne se trouvait devant une MP4/27, il ne faudrait plus attendre longtemps avant de voir la dite MP4/27 passer devant la monoplace italienne parce qu’il est clair qu’elle porterait rapidement une attaque sur la STR07.
Et si le pilote devant ne se montre pas assez coopératif, aurions-nous droit à des messages radio du genre « Le pilote derrière toi est plus rapide… » sous-entendu, « Laisse le passer »? Ok le trait est grossi ici mais, sur le papier, cette mesure me semble clairement une mauvaise idée et va à l’encontre même de l’essence de ce sport. Reste à voir ce qu’elle impliquera concrètement une fois les voitures en piste.
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Maintenant, avec l'ajout de telles règles, on en vient de plus en plus à ce que le pilote n'est plus maitre en piste. Sa place dans la hiérarchie sera un peu moins dépendante de plusieurs de ses qualités propres.
Comment pourra t-on désormais détecter un pilote au mental d'acier, sachant résister à la pression d'un adversaire ?
Comment saura t-on désormais détecter le génie d'un pilote capable de dépasser à un endroit improbable ? Capable de surprendre son adversaire ?
On commence à se plaindre de cette règle, mais imaginez un peu ce que les pilotes eux-mêmes doivent en penser vraiment...
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